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Ibn Sirin, l’interprète des rêves

Muhammad ibn Sirin, de kunya Abu Bakr, est un savant de Bassora de la génération des Tabi’in, mort en 110 de l’hégire. Son nom est devenu celui de l’interprétation des rêves. Il lisait chaque rêve d’après la personne qui le racontait, s’appuyait sur le Coran et refusait souvent de répondre. Le livre diffusé sous son nom a été compilé après lui et cite aussi d’autres interprètes.

Ce que l’on sait de lui avec certitude

Son nom est Muhammad ibn Sirin. Sa kunya est Abu Bakr. Il a vécu à Bassora, en Irak, et appartient aux Tabi’in, la génération qui a connu les Compagnons du Prophète ﷺ sans avoir connu le Prophète lui-même. Il est mort en 110 de l’hégire.

Beaucoup d’anecdotes circulent sur sa vie. Nous ne reprenons que ce qui est sûr. Un autre fait se vérifie dans les sources : Ibn Sirin est un transmetteur de hadiths. Son nom figure dans les chaînes du livre des rêves de Sahih Muslim (n° 2263 et 2266) et de Sahih al-Bukhari (n° 6998, 7010 et 7017). Al-Bukhari cite même son avis après le hadith « Celui qui m’a vu en rêve me verra à l’état de veille, et Satan ne prend pas mon apparence » :

قَالَ ابْنُ سِيرِينَ إِذَا رَآهُ فِي صُورَتِهِIbn Sirin a dit : « Cela vaut s’il le voit sous son apparence. »
Sahih al-Bukhari, n° 6993

Le hadith des trois sortes de rêves qu’il a transmis

Le hadith le plus connu sur les sortes de rêves passe par lui. Dans Sahih Muslim, la chaîne se termine ainsi : Ayyub as-Sakhtiyani, d’après Muhammad ibn Sirin, d’après Abu Hurayra, d’après le Prophète ﷺ.

وَالرُّؤْيَا ثَلاَثَةٌ فَرُؤْيَا الصَّالِحَةِ بُشْرَى مِنَ اللَّهِ وَرُؤْيَا تَحْزِينٌ مِنَ الشَّيْطَانِ وَرُؤْيَا مِمَّا يُحَدِّثُ الْمَرْءُ نَفْسَهُ« Les rêves sont de trois sortes : la vision pieuse, qui est une bonne nouvelle venant d’Allah ; le rêve qui attriste, qui vient de Satan ; et le rêve qui vient de ce que l’homme se dit à lui-même. »
Sahih Muslim, n° 2263, chaîne : Muhammad ibn Sirin, d’après Abu Hurayra

Dans la version d’al-Bukhari (n° 7017), Ibn Sirin présente la partie sur les trois sortes de rêves comme une parole que l’on disait, et al-Bukhari note que d’autres transmetteurs l’ont intégrée au hadith. Le détail est sur notre page les trois sortes de rêves en islam.

Un interprète qui se taisait souvent

L’introduction du recueil cite Ibn Qutayba, un savant venu bien après lui, qui en fait le modèle de la prudence :

وقد كان محمد بن سيرين إمام الناس في هذا الفن، وكان ما يمسك عنه أكثر مما يفسر« Muhammad ibn Sirin était le maître des gens dans cet art, et ce qu’il refusait d’interpréter était plus abondant que ce qu’il interprétait. »
Muntakhab al-kalâm, introduction, tome 1, page 22

Juste après, un témoin qui assistait à ses séances raconte qu’à son estimation, Ibn Sirin n’interprétait qu’un rêve sur quarante.

Quand il répondait, il prenait son temps. Le recueil rapporte qu’il restait longuement avec la personne pour l’interroger sur son état, son métier, les siens et ses moyens de vivre, et qu’il ne négligeait aucun indice (tome 1, page 27).

Sa méthode en quatre récits

Quatre récits du recueil, où il est nommé, montrent sa façon de travailler.

1. Le même rêve, deux réponses

Deux hommes lui racontent le même rêve : ils faisaient l’appel à la prière. Au premier, il annonce le pèlerinage. Au second, les mains coupées. Le premier avait un bel aspect, et il a pensé au verset de l’annonce du Hajj (22:27). Le second avait un mauvais aspect, et il a pensé au verset où un crieur accuse une caravane de vol (12:70). Le rêve était le même. Le rêveur ne l’était pas.

Muntakhab al-kalâm, chapitre 9, tome 1, pages 84 et 85

2. Quarante dattes, à deux saisons

Un homme rêve qu’il trouve quarante dattes. Ibn Sirin lui dit : « Tu recevras quarante coups de bâton. » Plus tard, le même homme rêve de nouveau de quarante dattes, cette fois à la porte du sultan. Ibn Sirin lui annonce quarante mille dirhams. L’homme s’étonne de ces deux réponses opposées.

لأنك قصصت علي رؤياك في المرة الأولى وقد يبست الأشجار وأدبرت السنة وأتيتني هذه المرة وقد دبت المياه في الأشجار« La première fois, tu m’as raconté ton rêve alors que les arbres avaient séché et que l’année touchait à sa fin. Cette fois, tu es venu alors que la sève remontait dans les arbres. »
Muntakhab al-kalâm, chapitre 27, tome 1, page 236

Le recueil ajoute que les deux interprétations se sont réalisées. L’introduction donne la même règle : un rêve vu quand les arbres portent leurs fruits est plus fort qu’un rêve vu quand ils ont perdu leurs feuilles (tome 1, page 26).

3. L’entrave, le carcan et le collier de bois

Une femme lui raconte qu’elle a vu un homme portant une entrave et un carcan. Ibn Sirin refuse d’abord le rêve :

القيد ثبات في الدين وإيمان والغل خيانة وكفر ولا يكون المؤمن كافرا« L’entrave, c’est la fermeté dans la religion et la foi. Le carcan, c’est la trahison et la mécréance. Or le croyant ne peut pas être mécréant. »
Muntakhab al-kalâm, introduction, tome 1, pages 28 et 29

La femme insiste et précise que le carcan était pris dans un collier de bois. Ibn Sirin comprend alors. Le bois, en rêve, signifie l’hypocrisie, d’après le verset sur les hypocrites : « Ils sont comme des bûches appuyées » (63:4). Le collier de bois vient confirmer le carcan et l’emporte sur l’entrave. Il conclut que cet homme se réclame d’un autre père ou d’une autre tribu que les siens. Le recueil appelle ce détail un « témoin » : un élément du rêve qui fait pencher l’interprétation d’un côté.

4. Le lait et la fitra

Un homme lui raconte un long rêve où l’on verse une coupe de lait dans une autre. Ibn Sirin commence par : « Le lait, c’est la fitra », puis donne un sens à chaque élément, l’un après l’autre (chapitre 23, tome 1, page 180). Voir la fiche rêver de lait en islam.

Le livre qui porte son nom

Le Muntakhab al-kalâm fî tafsîr al-ahlâm est souvent présenté comme « le livre d’Ibn Sirin ». Le texte lui-même montre que c’est plus compliqué.

  • Le livre s’ouvre sur l’introduction d’un auteur nommé Abu Sa’id al-Wa’iz. Il y écrit qu’il a demandé à Allah de le guider avant de « rassembler une partie » de cette science (tome 1, page 40).
  • Abu Sa’id cite le hadith des trois sortes de rêves avec sa propre chaîne, qui passe par quatre transmetteurs avant d’arriver à Muhammad ibn Sirin (tome 1, page 32). Il a donc vécu plusieurs générations après lui.
  • Le nom d’Ibn Sirin apparaît environ 170 fois. La formule وقيل (« et l’on a dit »), qui introduit un autre avis, environ 670 fois.
  • La fiche de l’édition numérique (Shamela, reprise dans le corpus OpenITI), d’où vient notre texte arabe, indique que le livre est attribué à Ibn Sirin et que cette attribution n’est pas établie.

C’est donc un recueil transmis sous son nom, où ses interprétations côtoient celles d’autres interprètes. Nous écrivons « Ibn Sirin a dit » seulement quand le texte arabe le nomme, et « dans le recueil d’Ibn Sirin » pour le reste. Nos règles sont détaillées sur la page notre méthode et nos sources.

Questions fréquentes

Qui était Ibn Sirin ?

Muhammad ibn Sirin, de kunya Abu Bakr, est un savant de Bassora de la génération des Tabi’in, mort en 110 de l’hégire. Il a transmis des hadiths que l’on trouve dans Sahih al-Bukhari et Sahih Muslim. Son nom est resté attaché à l’interprétation des rêves.

Ibn Sirin a-t-il écrit le livre d’interprétation des rêves ?

Le livre connu sous son nom a été compilé après lui. Son introduction est signée par Abu Sa’id al-Wa’iz, qui rapporte les paroles d’Ibn Sirin par une chaîne de transmetteurs. Le recueil cite Ibn Sirin nommément, mais aussi beaucoup d’autres avis.

Comment Ibn Sirin interprétait-il les rêves ?

Il tenait compte de la personne, de son état et du moment de l’année. Il s’appuyait sur le Coran et sur les détails du rêve. Selon le recueil, il refusait de répondre plus souvent qu’il ne répondait.

Quel hadith sur les rêves Ibn Sirin a-t-il transmis ?

Il a transmis d’après Abu Hurayra le hadith des trois sortes de rêves : la vision pieuse qui vient d’Allah, le rêve qui attriste qui vient de Satan, et ce que l’on se dit à soi-même. On le trouve dans Sahih Muslim, n° 2263, et sous une autre forme dans Sahih al-Bukhari, n° 7017.

Peut-on se fier aujourd’hui aux interprétations d’Ibn Sirin ?

Le recueil lui-même rappelle que l’interprétation est une analogie et une supposition, pas une certitude. Elle dépend de la personne et des détails du rêve. Ces interprétations éclairent un rêve sans décider de l’avenir.

Sources

  • Muntakhab al-kalâm fî tafsîr al-ahlâm, recueil transmis sous le nom de Muhammad ibn Sirin : introduction, tome 1, pages 3, 22, 26, 27, 28, 29, 32 et 40 ; chapitre 9, pages 84 et 85 ; chapitre 23, page 180 ; chapitre 27, page 236 (texte arabe, édition Shamela, corpus OpenITI).
  • Sahih Muslim, livre des rêves, n° 2263 et 2266.
  • Sahih al-Bukhari, livre de l’interprétation des rêves, n° 6993, 6998, 7010 et 7017.
  • Versets : traduction de Muhammad Hamidullah. Autres traductions françaises : tafsir-a7lem.com.