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Les trois sortes de rêves en islam
Selon un hadith rapporté par Muslim (n° 2263), il existe trois types de rêves en islam : la vision pieuse, bonne nouvelle venant d’Allah ; le rêve qui attriste, qui vient de Satan ; et le rêve né de ce que l’on se dit à soi-même. Seule la vision pieuse s’interprète. Le mauvais rêve appelle des gestes précis, et le troisième n’a pas de sens caché.
Le hadith en entier
Ce hadith est transmis par Muhammad ibn Sirin, d’après Abu Hurayra. Voici son texte complet dans la version de Muslim.
إِذَا اقْتَرَبَ الزَّمَانُ لَمْ تَكَدْ رُؤْيَا الْمُسْلِمِ تَكْذِبُ وَأَصْدَقُكُمْ رُؤْيَا أَصْدَقُكُمْ حَدِيثًا وَرُؤْيَا الْمُسْلِمِ جُزْءٌ مِنْ خَمْسٍ وَأَرْبَعِينَ جُزْءًا مِنَ النُّبُوَّةِ وَالرُّؤْيَا ثَلاَثَةٌ فَرُؤْيَا الصَّالِحَةِ بُشْرَى مِنَ اللَّهِ وَرُؤْيَا تَحْزِينٌ مِنَ الشَّيْطَانِ وَرُؤْيَا مِمَّا يُحَدِّثُ الْمَرْءُ نَفْسَهُ فَإِنْ رَأَى أَحَدُكُمْ مَا يَكْرَهُ فَلْيَقُمْ فَلْيُصَلِّ وَلاَ يُحَدِّثْ بِهَا النَّاسَ« Quand le temps se rapprochera, le rêve du musulman ne sera presque jamais mensonger. Celui d’entre vous qui a les rêves les plus véridiques est celui qui a la parole la plus véridique. Le rêve du musulman est une part sur quarante-cinq de la prophétie. Les rêves sont de trois sortes : la vision pieuse, qui est une bonne nouvelle venant d’Allah ; le rêve qui attriste, qui vient de Satan ; et le rêve qui vient de ce que l’homme se dit à lui-même. Si l’un de vous voit ce qu’il déteste, qu’il se lève, qu’il prie, et qu’il n’en parle pas aux gens. »
Sahih Muslim, n° 2263, d’après Abu Hurayra
Le texte continue : « J’aime l’entrave et je déteste le carcan. L’entrave, c’est la fermeté dans la religion. » Le transmetteur ajoute aussitôt qu’il ne sait pas si cette phrase fait partie du hadith ou si c’est Ibn Sirin qui l’a dite.
Al-Bukhari rapporte le même hadith par une autre voie (n° 7017). Dans sa version, le Prophète ﷺ parle du rapprochement du temps et de la part de prophétie. La phrase sur les trois sortes de rêves y est rapportée par Ibn Sirin comme une parole que l’on disait. Al-Bukhari signale que d’autres transmetteurs ont tout intégré au hadith, et il juge la version qu’il cite plus claire. Le classement en trois sortes reste attribué au Prophète ﷺ dans la version de Muslim.
La vision pieuse, une bonne nouvelle
En arabe, الرؤيا الصالحة. C’est le rêve qui annonce un bien, ou qui avertit d’une faute. Le Prophète ﷺ l’a placée au rang de ce qui reste de la prophétie :
لَمْ يَبْقَ مِنَ النُّبُوَّةِ إِلاَّ الْمُبَشِّرَاتُ. قَالُوا وَمَا الْمُبَشِّرَاتُ قَالَ الرُّؤْيَا الصَّالِحَةُ« Il ne reste de la prophétie que les bonnes annonces. » Ils demandèrent : « Que sont les bonnes annonces ? » Il répondit : « La vision pieuse. »
Sahih al-Bukhari, n° 6990, d’après Abu Hurayra
Aïcha rapporte que la révélation a commencé, pour le Prophète ﷺ, par des rêves véridiques : chaque rêve qu’il voyait se réalisait aussi clairement que la lumière de l’aube (al-Bukhari, n° 6982).
La vision pieuse peut concerner celui qui la voit, ou lui être montrée par quelqu’un d’autre : « le rêve du musulman, qu’il le voie ou qu’on le voie pour lui » (Muslim, n° 2263, autre version). Celui qui voit un beau rêve loue Allah et le raconte, mais seulement à ceux qu’il aime (al-Bukhari, n° 6985 et 7044).
Le rêve qui vient de Satan
Le hadith l’appelle رؤيا تحزين, le rêve qui attriste. D’autres hadiths emploient le mot hulm :
الرُّؤْيَا مِنَ اللَّهِ، وَالْحُلْمُ مِنَ الشَّيْطَانِ« La vision vient d’Allah, et le mauvais rêve vient de Satan. »
Sahih al-Bukhari, n° 6984, d’après Abu Qatada
Un Bédouin vint dire au Prophète ﷺ qu’il avait rêvé qu’on lui tranchait la tête et qu’il courait derrière elle. Le Prophète ﷺ lui répondit : « Ne raconte pas aux gens comment Satan a joué avec toi dans ton sommeil » (Muslim, n° 2268). Il n’a pas interprété ce rêve.
L’introduction du recueil d’Ibn Sirin apporte une précision utile. Le rêve attribué à Satan, c’est celui qui effraie, qui attriste sans raison, ou qui pousse à la tentation. Un rêve qui met en garde contre un péché ou réveille d’une négligence ne lui est pas attribué, car Satan ordonne le mal et n’en détourne pas. Le même passage rappelle qu’Allah reste le créateur de tout ce que l’on voit en rêve, le bien comme le mal (tome 1, page 2).
Pour ce rêve, le Prophète ﷺ a enseigné des gestes, et promis qu’il ne nuirait pas à celui qui les fait. Ils sont détaillés sur la page que faire après un cauchemar en islam.
Ce que l’on se dit à soi-même
La troisième sorte, حديث النفس, est faite des pensées de la journée. Le recueil la décrit ainsi : ce que l’âme se raconte de ses espoirs, de ses peurs et de ses chagrins, sans sagesse qui annonce quoi que ce soit. Il range au même endroit les rêves de celui qui s’endort l’estomac trop plein ou trop vide (tome 1, page 2).
Abu Sa’id al-Wa’iz, auteur de l’introduction du recueil, est net : ces rêves, comme ceux qui viennent de Satan, n’ont pas d’interprétation (tome 1, page 42). Celui qui a passé la journée à penser à un examen et qui en rêve la nuit n’a pas à chercher un message.
Une part de la prophétie
Plusieurs hadiths disent que le bon rêve est une part de la prophétie. Les nombres diffèrent selon les versions, et nous les citons tels qu’ils figurent :
- une part sur quarante-six : al-Bukhari, n° 6983, 6987, 6988, 6989 et 7017 ; Muslim, n° 2264 ;
- une part sur quarante-cinq : Muslim, n° 2263, dans la version citée plus haut ;
- une part sur soixante-dix : Muslim, n° 2265, d’après Ibn Umar.
Selon la version d’Anas, il s’agit de « la belle vision de l’homme pieux » (al-Bukhari, n° 6983). Le hadith de Muslim relie aussi la qualité des rêves à l’honnêteté : celui qui dit vrai le jour voit des rêves plus véridiques la nuit.
Les rêves véridiques à la fin des temps
« Quand le temps se rapprochera, le rêve du croyant ne sera presque jamais mensonger. » Cette phrase se trouve chez al-Bukhari (n° 7017) et chez Muslim (n° 2263). Les commentateurs ont expliqué « le rapprochement du temps » de plusieurs façons. L’explication la plus répandue l’applique à l’approche de la fin des temps.
Comment savoir de quelle sorte est votre rêve
Les hadiths ne donnent pas de test qui tranche à coup sûr. Ils donnent une conduite à tenir, fondée sur ce que vous ressentez :
- le rêve vous a plu : louez Allah, et ne le racontez qu’à quelqu’un qui vous aime ou qui sait ;
- le rêve vous a fait peur ou vous a attristé : faites les gestes enseignés, et n’en parlez pas ;
- le rêve reprend vos soucis de la veille : n’y cherchez pas de sens.
L’introduction du recueil ajoute un repère : un rêve entièrement confus, dont les éléments ne se tiennent pas, fait partie des « rêves embrouillés » et on le laisse de côté (tome 1, page 22). Pour le rêve qui s’interprète, voyez la méthode d’Ibn Sirin et les fiches du dictionnaire, comme rêver de lait. Nos règles de citation sont sur la page méthode et sources.
Questions fréquentes
Quels sont les trois types de rêves en islam ?
D’après le hadith rapporté par Muslim (n° 2263), il y a la vision pieuse, bonne nouvelle qui vient d’Allah, le rêve qui attriste, qui vient de Satan, et le rêve qui vient de ce que l’on se dit à soi-même. Seule la vision pieuse s’interprète.
Comment savoir si un rêve vient de Satan ?
Les hadiths relient à Satan le rêve que l’on déteste : celui qui effraie ou attriste. Le Prophète ﷺ a refusé d’interpréter le rêve d’un homme qui se voyait décapité, en disant que c’était Satan qui jouait avec lui (Muslim, n° 2268).
Un rêve qui fait peur vient-il toujours de Satan ?
Pour le rêve qui effraie, la conduite est la même : on fait les gestes enseignés et on n’en parle pas. L’introduction du recueil précise qu’un rêve qui met en garde contre un péché n’est pas attribué à Satan, puisque Satan pousse au mal.
Que signifie « une part sur quarante-six de la prophétie » ?
Les hadiths disent que le bon rêve du croyant est une part de la prophétie, avec des nombres qui varient selon les versions : quarante-six, quarante-cinq ou soixante-dix. Un autre hadith précise qu’il ne reste de la prophétie que les bonnes annonces, c’est-à-dire la vision pieuse (al-Bukhari, n° 6990).
Un non-musulman peut-il faire un rêve véridique ?
Oui, selon l’introduction du recueil d’Ibn Sirin. Elle cite le roi d’Égypte au temps de Yusuf, dont le rêve des sept vaches s’est réalisé, et parle d’une preuve qu’Allah établit contre lui (tome 1, pages 2 et 30).
Sources
- Sahih Muslim, livre des rêves, n° 2263, 2264, 2265 et 2268.
- Sahih al-Bukhari, livre de l’interprétation des rêves, n° 6982, 6983, 6984, 6985, 6987, 6988, 6989, 6990, 7017 et 7044.
- Muntakhab al-kalâm fî tafsîr al-ahlâm, recueil transmis sous le nom de Muhammad ibn Sirin, introduction, tome 1, pages 2, 22, 30 et 42 (texte arabe, édition Shamela, corpus OpenITI).
- Traductions françaises : tafsir-a7lem.com.
